J’ai connu un jour un président de compagnie de publicité pour qui les choses allaient bien. Grosse cabane, gros char, le kit du parfait petit entrepreneur qui flash. Vous savez, le genre de bonhomme un peu narcissique qui croit qu’il y a Dieu, lui et le reste du monde. Le genre de bonhomme de 50 ans qui ne veut que se promener avec des jeunes filles début vingtaine, même âge que sa fille.
Un jour il a découvert les joies du casino. Voilà notre homme qui croit maintenant avoir trouvé le moyen de déjouer Loto Québec et le casino en établissant des combines et en jouant avec les probabilités. Il ne pouvait pas perdre. Pourtant, il a tout perdu. Sa compagnie, sa maison, son char, ses petites amies!
Il est un peu moins fanfaron, mais il persiste à croire qu’il a la formule magique pour vaincre le Casino et qu’on peut gagner de l’argent si on trouve… le truc. Sauf qu’il n’y a pas de truc.
Il agit exactement comme la majorité des joueurs compulsifs : il pense détenir la recette magique. Ces joueurs sont tellement avides du gain rapide et facile qu’ils confondent réalité et fiction. Ils se croient plus intelligents et astucieux que tout le monde.
Le gambling est une maladie au même titre que l’alcoolisme et la toxicomanie. Sauf qu’elle ne semble pas être reconnue au même titre. L’État prend contrôle des machines de pokers et pond des casinos à la grandeur de la province, mais offre peu de services aux joueurs compulsifs qu’il entraîne dans son giron. Il n’y a, au Québec, qu’une seule maison de thérapie pour les joueurs compulsifs. UNE.
Ça me fait toujours rigoler d’entendre Loto Québec nous dire qu’elle investit tant de pourcentage de ses recettes dans la lutte contre le gambling. Voyez-vous ça à quelque part? Où est le Centre de thérapie Loto Québec contre le gambling? Quelles sont ces mesures?
Les histoires d’horreur sont de plus en plus fréquentes. Il faudra combien de suicides, de familles brisées pour que le gouvernement agisse?
Les joueurs compulsifs sont généralement des individus qui manquent de confiance en eux et en l’avenir, qui sont matérialistes, rêveurs et qui ont l’appât du gain très ancré en eux. Mais ce sont des gens mariés, des honnêtes citoyens qui ne demandent que d’arrêter de jouer le plus tôt possible mais qui, sans aide, n’y arriveront pas.
Un joueur compulsif peut se mettre dans le trou beaucoup plus rapidement qu’un alcoolique ou un toxicomane. Ces deux dernières catégories ne dépenseront jamais 50 000 dollars en une nuit pour combler leur faiblesse, le joueur, lui, le peut. Personne ne peut boire pour 50 000 dollars en une nuit sans mourir auparavant, même chose pour un toxicomane. Les pertes du joueur compulsif n’ont pas de limites. C’est sûrement son plus grand désavantage.
La dernière fois que j’ai revu notre ami ex-président de compagnie, il était dans un café Internet en train d’envoyer des CV. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait de bon, il a dit qu’il était sur un nouveau projet et que ça ne pouvait pas foirer. C’est là que j’ai compris comment il était loin d’être sorti de l’auberge.

